La notion de "retour sur investissement" (ROI) est traditionnellement associée au monde des affaires, où elle mesure le gain financier par rapport à un coût. Cependant, dans le contexte des systèmes publics, cette notion doit être radicalement redéfinie. Le véritable "ROI" de la coordination systémique n'est pas monétaire, mais institutionnel, stratégique et social. Il se mesure en termes de stabilité, de fiabilité, de confiance publique et de résilience à long terme.
Logique d’intérêt public de la coordination systémique
La coordination entre les ministères, les agences réglementaires et les opérateurs publics n'est pas une simple question d'efficacité administrative. Elle est le fondement de l'action cohérente de l'État. Lorsque les systèmes sont alignés, les politiques publiques sont mieux mises en œuvre, les services aux citoyens sont plus fluides et les ressources sont utilisées de manière plus judicieuse. Cette synergie crée une valeur qui transcende les bilans financiers : elle renforce la légitimité de l'État et sa capacité à répondre aux besoins collectifs. Une coordination efficace prévient les redondances, comble les lacunes dans les services et permet une réponse unifiée aux crises, qu'elles soient sanitaires, économiques ou environnementales.
Le véritable gain réside dans la capacité du système public à fonctionner comme un tout intégré plutôt qu'une collection de silos indépendants. Cet alignement stratégique est la pierre angulaire de la confiance citoyenne, car il démontre que l'appareil étatique est gouverné par une vision d'ensemble et une préoccupation constante pour l'intérêt public. Il s’agit d’un investissement dans la cohésion sociale et la pérennité du pacte qui lie les citoyens à leurs institutions.
Continuité opérationnelle et résilience à long terme
Un système public bien coordonné est intrinsèquement plus résilient. La capacité à anticiper les risques, à planifier les réponses et à assurer la continuité des services essentiels en période de perturbation est une forme de valeur inestimable. La coordination permet le partage d'informations critiques, la mutualisation des ressources et l'élaboration de plans de contingence robustes. La crise de la COVID-19 a par exemple brutalement mis en lumière l'importance cruciale de la coordination entre les systèmes de santé, de sécurité civile, d'éducation et d'économie.
La valeur stratégique se manifeste donc par la réduction de la vulnérabilité de la société face aux chocs. Investir dans des mécanismes de coordination inter-agences, des plateformes de communication sécurisées et des exercices de simulation conjoints n'est pas une dépense, mais une assurance contre des défaillances systémiques potentiellement dévastatrices. La résilience n'est pas un état passif, mais le résultat d'un effort proactif et continu de renforcement des liens institutionnels.
Création de valeur institutionnelle et non financière
La valeur créée par la coordination des systèmes publics est avant tout institutionnelle. Elle se manifeste par le renforcement des normes démocratiques, l'amélioration de la transparence et de la reddition de comptes. Un écosystème public où les entités collaborent ouvertement et partagent leurs données (dans le respect des cadres légaux) est un système plus sain et plus facile à superviser pour les instances démocratiques et pour les citoyens eux-mêmes.
Cette valeur non financière se traduit également par une amélioration du capital de confiance. Lorsque les citoyens perçoivent que les institutions travaillent de manière harmonieuse pour le bien commun, leur confiance dans le gouvernement augmente. Cette confiance est un actif immatériel essentiel, sans lequel l'efficacité des politiques publiques est grandement diminuée. Le "ROI" se mesure ici par la solidité du contrat social.
Coopération entre l’État, les organismes publics, les régulateurs et le milieu académique
Une coordination efficace ne se limite pas aux entités gouvernementales. Elle doit s'étendre pour inclure les régulateurs indépendants, qui assurent l'équilibre des pouvoirs, ainsi que le milieu académique, qui apporte une perspective critique et fondée sur la recherche. L'intégration des connaissances universitaires dans le processus décisionnel public est une forme de coordination avancée qui permet d'innover et de s'adapter aux défis complexes.
Cette collaboration élargie crée un écosystème de gouvernance dynamique et informé. Elle permet de confronter les pratiques administratives aux dernières avancées théoriques et empiriques, favorisant ainsi une culture d'amélioration continue. Le dialogue entre praticiens, régulateurs et chercheurs est un investissement stratégique dans l'intelligence collective du secteur public.
Invitation à l'exploration : Nous vous invitons à explorer les approches institutionnelles visant la durabilité des systèmes publics complexes. Cette réflexion est fondamentale pour comprendre comment assurer la stabilité, la fiabilité et la responsabilité publique dans un monde en constante évolution. La valeur de nos institutions ne se compte pas, elle se construit et se préserve.